Un modèle exceptionnel de dispositif de lutte contre le Covid-19 déployé dans une commune rurale d’Occitanie.

Moissac, France, 10 avril 2020

A Moissac, un groupe de 110 professionnels de soins de santé primaire a mis en place un dispositif qui est rapidement devenu modélisant dès le 19 mars.

Les professionnels libéraux de santé se sont organisés dès les premiers cas de coronavirus déclarés pour anticiper la première vague de l’épidémie en Occitanie. Ils effectuent une veille quotidienne et partagent de bonnes pratiques et expériences vécues dans d’autres villes très impactées (Mulhouse).

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Un dispositif gratuit sur l’ensemble des étapes du parcours du patient

Ouvert depuis le 20 mars, le centre de consultations prend en charge gratuitement toutes les étapes : de l’accueil au suivi du patient à domicile. Il est ouvert tous les jours, de 9h à 18h.  Au 1er avril, il a déjà accueilli plus de 150 personnes.

  • AVANT d’entrer au centre : seuls les malades orientés par une régulation médicale peuvent se rendre sur place

Le centre de consultations n’est pas en accès libre. Il faut être orienté par un médecin traitant ou en appelant le 3966, N° d’appel de régulation médicale du département, désormais ouvert 24H/ 24h durant cette crise (le 15 étant réservé aux urgences vitales et aux détresses aigues). Seules les personnes présentant des symptômes de cette maladie pourront s’y rendre : toux, fièvre, courbatures, essoufflements… Afin d’optimiser les temps de prise en charge au centre et réduire la contamination, quelques règles de bon sens s’imposent : mieux vaut se déplacer seul si vous n’avez pas besoin d’assistance. Passés la porte, les patients suivront un parcours permettant le diagnostic et l’orientation éventuelle vers l’hospitalisation.

  • PENDANT : un fonctionnement conçu pour un traitement rapide et efficace

Dès l’accueil, une fiche médicale sera complétée par des professionnels de santé (infirmières, kinésithérapeutes, dentistes…) qui permettra de lister les symptômes et d’établir un pré-diagnostic. Le patient sera ensuite dirigé vers un médecin qui établira le diagnostic final. Les étapes suivantes de prise en charge seront détaillées avant que le patient ne quitte le centre. Un ensemble de documents sur le Covid-19 lui sera remis. Il est prévu d’établir un dossier de patient ville-hôpital partagé selon le dispositif de l’URPS Occitanie. Avant de rentrer chez lui, le patient pourra retirer ses médicaments dans l’une des pharmacies organisées en « drive », sur la base d’une ordonnance envoyée depuis le centre de consultations baptisé COVID OUEST MOISSAC. 

  • APRES la sortie du centre : un fonctionnement conçu pour un traitement rapide et efficace

Les personnes présentant des signes de gravité à l’examen seront orientées vers la structure la mieux adaptée en concertation avec la régulation départementale des urgences 15 ; deux ambulances seront à disposition si nécessaire, le centre fournissant le matériel de protection pour le personnel des ambulances COVID. 

Pour les personnes destinées à un confinement stricte à domicile, un suivi à J+2, J+7 et J+14 sera effectué sur la base de la fiche patient archivée. Le dispositif comprend la mise en place d’une téléconsultation dans le cas de l’incapacité du patient à se déplacer au Centre Covid-19 et de 3 tournées organisées par jour, 7J/7, par 70 infirmiers qui ont tous adhéré à la charte mise en place par le Centre Covid-19 de Moissac. L’évolution des symptômes et/ou la guérison sera tracée et traitée par le biais d’une fiche numérique partagée. Un relai sera assuré par les médecins pour le traitement des cas graves.

 

i73ux8p7dp-dbc8a61574784f799cd732153095bd51.pngDes conditions d’hygiène sous contrôle

Il est à noter que l’ensemble des intervenants (de l’accueil aux ambulanciers) a suivi une formation de « Hygiène en période de pandémie » délivrée en 4 heures par la pneumologue du groupe.

Par ailleurs, tous les professionnels en contact avec les patients seront équipés de protection intégrale dite EPI (Equipement de Protection Individuel) avec tenues, lunettes, charlottes, gans et masques fournis en partie par la population et des fournisseurs et suivront des règles strictes définies dans un protocole. Les tournées des infirmières font l’objet d’un protocole spécifique (cf PJ).

Une permanence de soins assurée pour les autres populations

Les personnes non touchées par le Covid-19 ne sont pas pour autant oubliées. Les cabinets restent ouverts avec leurs moyens usuels mais allégés ; les médecins continuent à organiser des consultations pour les patients qui souffrent de maladie chronique. La téléconsultation sera privilégiée durant cette phase 3 de l’épidémie.

Cette initiative dont l’originalité réside dans sa capacité d’anticipation fondée sur l’expérience, son caractère pluridisciplinaire et la rapidité de déploiement devient modélisant pour les prochaines initiatives. 

 

 

Un soutien psychologique pour les praticiens mobilisés

Les personnels soignants peuvent être impactés par la dureté de certains cas, la charge importante des traitements de soins palliatifs et l’angoisse à l’idée d’une éventuelle contamination. Si le gouvernement a mis en place un numéro vert destiné aux professionnels de santé, des psychologues et psychiatres implantés sur le territoire de Moissac se sont également portés volontaires pour venir en aide bénévolement aux personnels soignants qui auraient besoin. 

Garder un temps d’avance sur l’épidémie

Tout a commencé lors d’une réunion durant laquelle des médecins ont pris connaissance d’un exercice sur la mise en place, l’organisation et le fonctionnement d’un Centre de consultations en situation de pandémie (H1-N1) effectué à Craponne sur Arzon, en 2009. (https://www.youtube.com/watch?v=coTq8kbccRM&feature=youtu.be).

Pour reprendre les propos d’un médecin acteur de ce test (nom ?), « l’objectif était de proposer une organisation alternative pour traiter un nombre de patients plus importants, lorsque les capacités d’accueil des cabinets de médecine générale sont dépassées ». Il reste aujourd’hui plus que jamais d’actualité.

Après plusieurs réunions entre pairs et une sollicitation de l’aide de la Municipalité qui a immédiatement souscrit, la mise en place d’un Centre de prise en charge a été décidée. A l’expérience du passé s’ajoute celle du présent : les médecins sont en contact avec des confrères d’autres villes très touchées avec lesquels ils partagent sur les bonnes pratiques. Des visio-conférences avec des échanges de questions-réponses ont permis de consolider le modèle actuel et de le compléter avec un dispositif d’unités mobiles connectées. Toutes les actions font l’objet de protocole partagé.

A situation exceptionnelle, mobilisation exceptionnelle

En 2 jours, un lieu a été identifié et « réquisitionné » par la Mairie. Il s’agit du Gymnase COSEC*, dont l’aménagement opéré par les équipes municipales en 2 jours seulement, a été conduit sur la base d’un cahier des charges partagé entre tous les soignants. Le centre, avec sa capacité de traiter 250 patients par jour, a été rapidement soutenu par la Mairie, l’ARS et le Conseil de l’Ordre des Médecins. Il a ouvert ses portes le vendredi 20/3 à 13h.

Le projet qui, il y a quelques jours, réunissait une poignée de participants, en compte désormais plus de cent dix (médecins généralistes, pneumologue, infirmières, kinésithérapeutes, dentistes, podologues, biologistes, psychologues, pharmaciens, vétérinaire, personnels de la croix rouge…) et les services de la Mairie ont travaillé jour et nuit pour faire naître, en 4 jours, ce centre de consultations. Les professionnels de soins de santé primaire se sont organisés en services dont les missions sont clairement définies. Ils échangent par voie numérique et par spécialité. Un élan de solidarité exemplaire de TOUS les professionnels qui s’étend désormais à d’autres entreprises (restauration, distribution…). 

Les données clés

  • Un modèle s’inspirant d’un précédent test développé lors de la pandémie NH-N1 ;
  • Des échanges avec les médecins à l’initiative de ce centre test et des urgentistes d’autres villes très touchées ;
  • Un numéro : le 3966 ;
  • Pas de prise d’initiative sans avis médical ;
  • 110 professionnels de santé ;
  • 15 à 25 personnes sur place (personnels soignants, personnels désinfectant les box après chaque consultation) ;
  • Jusqu’à 250 personnes traitées par jour ;
  • Un centre d’appels constitué de 2 à 4 personnes et assistée si nécessaire par des traducteurs de diverses origines ;
  • Un suivi à J+2, J+7 et J+14 pour les personnes confinées ;
  • Des modèles d’ordonnances préremplies
  • 1 « fiche patient Covid ARS OC» ;
  • 1 une fiche de liaison standard (pour l’accueil en hôpital) ;
  • Une formation sur l’hygiène réalisé par une spécialiste de 4h délivré régulièrement aux intervenants et nouveaux venus
  • Un dispositif de suivi médical à domicile en cours de mise en place.
  • La montée en puissance de la téléconsultation 

CONTACT PRESSE :

Dr Roland Rabeyrin
Isabelle CASTERAN   06 60 31 45 54

Modèle centre : 

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